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Missionnaires Clarétains France | 19 September 2018

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2 Dimanche de Carême

2 Dimanche de Carême
CMF France

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 9,2-10.
En ce temps-là, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.
Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.
Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.
Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.
Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »
Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.
Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

La Transfiguration est la préfiguration de l’aboutissement de toute l’histoire du salut. Celle-ci nous est présentée dans les textes liturgiques de ce 2e Dimanche du Carême à travers des personnages ressources de sa réalisation : Abraham, Jésus-Christ et les disciples de Jésus (Pierre, Jacques et Jean).

Le récit du sacrifice d’Isaac englobe différents points forts superposés : preuve de la foi d’Abraham, rejet du sacrifice humain, promesse de la descendance, terre et bénédiction. Voilà un peu le fil conducteur des traditions patriarcales. Malgré cette variété de points forts, le récit est unifié par un seul : la foi d’Abraham. Le thème central de ce récit n’est pas de voir si Abraham va effectivement sacrifier son fils ou pas, mais la foi suffisante et l’obéissance à Dieu ou non.

Celui qui se contente de lire ce texte au niveau des sentiments humains, va écouter un Dieu terrible/défiguré et verra en Abraham plus qu’une figure cruelle et criminelle. Le Seigneur demande à Abraham de lui « offrir en sacrifice son fils, celui qu’il aime » – on devine tout l’attachement que pouvait ressentir ce vieux père pour cet unique descendant sur qui reposait tous ses espoirs. Mais là où Dieu lui demande de « sacrifier » ce fils, c’est-à-dire de le « rendre sacré » en le consacrant au Dieu de la vie afin qu’il vive, Abraham comprend que le Seigneur lui demande de l’offrir en holocauste, ce qui implique la mort de la victime. Cette interprétation erronée de l’appel de Dieu trahit une paternité abusive, qui croit pouvoir disposer de la vie et de la mort de son enfant. L’« épreuve » du patriarche consiste précisément à renoncer au droit auquel il prétend, conformément à la mentalité de l’époque. Il s’agit pour lui de découvrir que pour pouvoir transmettre la bénédiction divine – conformément à sa mission particulière – il lui faut immoler non pas l’enfant de la promesse, mais sa paternité possessive, symbolisée par le bélier.

La sécurité de son avenir, un avenir avec son fils, est fondée en Dieu. Sa logique n’est pas de retenir pour avoir, sinon de créer une relation nouvelle. Pour lui retenir est la manière inférieure de possession. Ce n’est pas le fils unique, qu’il a eu et qu’il aime, qui fera de lui père d’une grande nation, sans frontière, sinon celui qui naît comme cadeau de son attitude devant Dieu. Cet enfant qui n’a pas été sacrifié, c’est le même Isaac, mais sous une nouvelle dimension. C’est pourquoi il peut être l’origine du peuple de la promesse, peuple de Dieu. Abraham ne doit pas sacrifier le fils de ses entrailles, il doit plutôt l’ordonner pour être fils de sa foi. Abraham devient donc par sa confiance en Dieu le père de tous les croyants.

Cette attitude d’Abraham doit nous interpeller. Un jour ou l’autre, nous serons tous invités à offrir librement notre « Isaac » ; à accepter de mourir à ce qu’il y a en nous d’inauthentique, à ce qui fait obstacle à la transmission de la vie. Cette « épreuve » est pour chacun de nous la condition d’accès à notre identité profonde. Ce qui signifie que pour entrer dans la vie nouvelle de l’Esprit, il nous faut d’abord accepter de mourir à la vie selon la chair – entendons : renoncer à être les seuls maîtres à bord de notre barque. On comprend que dans de telles conditions, nous hésitions à faire le grand saut : qui aurait le courage de quitter ses vieux repères, ses sécurités si chèrement acquises, sans avoir la moindre certitude sur ce qui l’attend ? Pourtant c’est bien le pas qui un jour ou l’autre nous sera demandé à tous.

Si Abraham est le père d’une multitude sur terre, Dieu l’est sur terre et au ciel. Dieu n’a pas voulu posséder son Fils unique, mais il lui a donné la possibilité de lui engendrer un peuple innombrable. De la même manière qu’Abraham a préféré obéir Dieu, Dieu à son tour a pris parti pour le genre humain en offrant son propre Fils (2e lect.)

Jésus monte sur une haute montagne avec Pierre, Jacques et Jean, en là manifeste la présence de Dieu entre les hommes. La transfiguration est une ouverture vers l’avenir pour fortifier la foi chancelante des disciples. Apparaissent Moïse et Elie qui s’entretiennent avec Lui, signifiant par là que la Loi et les Prophètes appartiennent à la même histoire du salut. Le visage de Moïse avait resplendi d’une gloire qui venait, non pas de lui-même, mais de l’extérieur, après la révélation du mont Sinaï (Exode 43,29), il était reflet. Au Thabor, le visage du Christ leur apparaît non plus comme un reflet, mais comme la source de lumière, source de la vie divine rendue accessible à l’homme et qui se répand aussi sur ses « vêtements », c’est-à-dire sur le monde extérieur et sur les produits de l’activité et de la civilisation humaines. La conséquence inéluctable de cette présence de Dieu parmi les hommes est la voix qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, … écoutez-le ». Ceci étant, la parole de Jésus est l’ultime parole que Dieu devait adresser aux êtres humains.

Cette parole écoutée par les trois disciples qui accompagnaient Jésus doit être transmise aux autres. Le nouveau peuple de Dieu n’est donc plus issu de la paternité d’un homme, mais de l’attitude première d’Abraham : écouter la parole de Dieu et lui obéir. C’est dans ce sens que saint Paul  demande : « si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »  Ce n’est qu’en présence de Dieu, dans une attitude de prière, de confiance et d’obéissance que la lumière du Christ peut faire de nous membres du nouveau peuple de Dieu ; c’est-à-dire que nous pouvons être transfigurés et déverser la lumière intérieure de Dieu sur les hommes et les femmes de notre histoire. Notre vie est déjà une anticipation de ce que nous vivrons au Paradis.

La tentation de construire des tentes est toujours présente dans notre histoire. Mais Dieu, à travers son Fils Jésus, situe le Carême comme la rencontre avec Dieu et avec les hommes. Nous avons toujours la tentation de construire des maison à Dieu, alors que lui s’est incarné pour vivre dans notre maison. Dieu veut habiter chez nous et parcourir nos chemins. Dieu – avec – nous ne peut pas se sentir commode loin de nous. Nous devons donc l’accueillir comme notre compagnon au quotidien. Dieu se laisse découvrir dans le cœur qui lui donne un peu d’espace, qui devient progressivement la maison de Dieu.

P. Pierre ZANGA, CMF

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