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Missionnaires Clarétains France | 16 November 2018

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29 Dimanche Temps Ordinaire

29 Dimanche Temps Ordinaire
CMF France

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10,35-45.

Alors, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. »
Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? »
Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. »
Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisé du baptême dans lequel je vais être plongé ? »
Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé.
Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. »
Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean.
Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur.
Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous :
car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Jésus nous a parlé de l’argent dimanche dernier. Mauvaise saison : aujourd’hui, c’est du pouvoir dont il parle : “Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur… celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous”. Ne sourions pas trop vite de la demande de Jacques et Jean. Les cousins de Jésus voulaient obtenir les meilleures places dans le Royaume. Ne sourions pas trop vite… Il parait même que ce serait la tentation la plus forte de tout homme, cette volonté de puissance.
 
Ce que remet en cause l’évangile, ce n’est pas qu’elle existe. La volonté de puissance est présente en chacun : elle est désir positif d’agir sur son environnement, sur les autres, sur soi-même. Sans elle, pas d’autonomie ni de liberté d’action. Le Christ enseigne qu’elle doit être cultivée, éduquée, canalisée, pour que chacun développe au mieux ses capacités personnelles d’amour et de don de lui-même et aussi sa capacité de résistance à tout ce qui pourrait le rendre esclave. En bref, pour que chacun devienne capable du gouvernement de lui-même. Car notre société ne se gêne pas pour attiser ce désir de puissance. On montre toujours les premiers, les plus forts, les plus riches, les plus beaux. Les premières places, chacun en rêve plus ou moins, même si ce n’est pas forcément conscient et pas souvent avoué.
 
Jésus redit un enseignement de base que nous avons tellement de mal à accepter. Il dit : “L’autorité n’est pas mauvaise en soi, pas plus que l’argent.” Mais pour lui, être responsable n’est pas d’abord une domination, mais un service. Ceux qui sont grands devant Dieu, ce ne sont pas ceux qui se font servir, mais ceux qui servent, ceux qui imitent le Christ en devenant serviteur comme lui. Servir de façon désintéressée. Beaucoup de gens se disent au service des autres, et ne le sont pas forcément autant qu’ils le prétendent.
 
“Ne commandez pas à la manière des chefs des nations païennes ou comme ceux qui font sentir leur pouvoir”… Peut-être une des paroles les plus neuves de Jésus, une parole capable de changer le monde. On a rarement entendu parole plus révolutionnaire :
 
Font sentir leur pouvoir ceux qui croient exister en faisant des hommes qui sont sous leurs ordres des êtres opprimés ou esclaves.
 
Font sentir leur pouvoir ceux qui se réclament d’un pouvoir prétendu divin pour se substituer à la liberté et à la conscience de leurs semblables.
 
Font sentir leur pouvoir ceux qui se disent être au service de tous pour mettre plus subtilement le pouvoir à leur propre service.
 
Font sentir leur pouvoir ceux qui affirment vouloir faire le bonheur des autres en imposant leurs volontés et en se faisant appeler bienfaiteurs (Luc 22, 25).
 
Le mot latin auctoritas (qui a donné autorité) a comme racine augere, qui veut dire : faire croître, augmenter. Pour Jésus, c’est bien çà : l’autorité est le service qui aide les personnes à grandir, à devenir elles-mêmes responsables. Avoir autorité, c’est travailler à rendre l’autre auteur. Avoir autorité, ça consiste à autoriser.
 
La tentation du pouvoir a sans doute été la plus grande tentation de Jésus. Et pourtant on en parle étonnamment peu. Lui, le fils de Dieu, le Messie du Royaume à venir, les foules veulent le faire roi. Ses meilleurs amis se disputent pour être ses plus proches à partager sa gloire. Satan lui-même, dans le texte des tentations au désert, lui fait des propositions : change les pierres en pain ; sois le maître du monde ; jette-toi dans le vide : puisque tu es Fils de Dieu, rien ne te sera impossible. Il refuse et, de ce fait, il sera la victime des autorités politiques et religieuses, liguées contre lui. Ces autorités avaient bien compris qu’il contestait l’usage qu’elles faisaient de leur pouvoir. Et pour finir, ce sera l’injure des exécutants du pouvoir et des soldats au pied de la croix. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même. » Ainsi Jésus signera de son sang son message à ses disciples : “Ne commandez pas à la manière des chefs des nations païennes ou comme ceux qui font sentir leur pouvoir.”

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