|

Pour se manifester aux hommes Dieu prit dans le Sinaï la voix du tonnerre. Plus tard, devant Élie, il délaissa la voix du tremblement de terre de la tempête et du feu et il s’est dit dans un murmure ténu.
A Bethléem c’est dans le silence d’un enfant qu’il dit sa parole de gloire et de paix aux hommes qu’il a toujours aimés ; une Parole de Père toute accomplie à jamais dans le FILS.
Ce qui me fascine, Seigneur, dans ta naissance à Bethléem, c’est ton silence, ton incapacité d’articuler nos simples mots ; TOI, LA PAROLE SUBSTANTIELLE DU PÈRE !
Tu n’es qu’un nouveau-né plein de vie, avec plein de choses à nous dire, qui ne dispose pas encore du réseau, si subtil, si riche et si complexe, du langage des hommes,
TOI, la PAROLE qui déborde tous nos mots, sur laquelle cette succession des instants qu’est le temps, ne peut avoir de prise comme sur les flots de nos paroles que le vent emporte. TU ES CELUI QUI ETAIT, QUI EST ET QUI VIENT ! LE MÊME HIER, AUJOURD’HUI ET POUR TOUJOURS !
Tu n’es qu’un petit être fragile, un enfant qui ne peut mesurer l’espace ni l’arpenter sinon porté livré déjà à nos limites et à nos puissances de mort TOI, le VERBE qui échappe à toute mesure dont nos ténèbres ne peuvent arrêter la lumière, que rien ne peut contenir ni limiter. TU ES CELUI qui contient et déploie l’univers EN QUI tout prend consistance, sens et harmonie. EN TOI TOUTE CHOSE EST VIE.
Ce qui me fascine à Noël c’est que dans le silence du Verbe de Dieu résonnent tous les langages qui tissent l’aventure de l’homme et son histoire depuis Babel : les anges et leurs cantiques, les bergers et leurs mots naïfs, les mages et leurs discours de sagesse, Marie surtout et son regard si intérieur et si accueillant, et Joseph et sa tendresse émue. Aucune voix n’y est exclue sauf celle que l’ambition, la haine ou la suffisance gonflent pour extorquer une place.
Ton silence élargit l’espace de la parole à la mesure de l’immense foule qui en est privée par les beaux parleurs qui l’accaparent ou par les décideurs qui la lui volent pour parler en son nom et décider à sa place.
Ton silence accueille nos mots, même malhabiles et insignifiants comme les deux sous de la veuve, dans l’espace sans mesure de la Parole de Dieu. Et ces deux sous, ces mots de rien du tout, sont d’une grande valeur pour TOI.
Noël est devenu patrimoine de l’humanité où rien d’humain n’est rejeté ni négligé, pas même la mort ou l’humiliation, ni le balbutiement de joie aux bonheurs élémentaires, ni les gestes de fraternité gauchis ou conventionnels, ni les cris où la vie ouvre ses blessures. Seules la voix des marchands de bonheur et la voix des marchants du temple ne pourront jamais franchir cet espace magique de la Crèche où le Verbe de Dieu se fait écoute et silence.
Quel est donc le merveilleux mystère de ce silence et de ces voix qui viennent s’y nicher sans l’interrompre pour en repartir avec une résonance de joie indicible et un éclat de lumière transfigurant la morne routine des jours sans horizons et l’opacité des nuits sans fin ?
Peut-être était-ce, ce silence, le temps nécessaire à Dieu pour apprendre à déchiffrer la confusion de nos langages, pour nous apprendre un langage d’humanité antérieur à tous nos discours et à toutes nos grammaires, un langage d’avant le temps et au-delà le temps, pour que les aspirations les plus folles de l’homme puissent enfin s’exprimer au-delà même de nos attentes.
Plus tard, quand le VERBE de Dieu rompra son silence et que nous l’entendrons sur nos paroles de chaque jour, nous dirons émerveillés : « Personne n’a parlé comme cet homme », car ceux qui n’ont droit à la parole s’y reconnaîtront et nous comprendrons qu’eux aussi, comme Zachée ou la femme courbée, sont des fils et des filles de Dieu.
Mais eux, ils le savaient déjà, qui étaient accueillis dans le silence de Dieu, tout prêts à renaître pour accueillir la Parole du Père, et alors ce sera à TOI, le seul qui a vu Dieu, de nous y introduire car tu étais dans son sein depuis toujours, de t’émerveiller à ton tour en voyant le Père se révéler ainsi aux petits, aux moins que rien que les savants et les puissants maintiennent à distance de la Parole, de la connaissance et de la gloire !
 |