SAINT ANTOINE MARIE CLARET
1807-1870
PRÊTRE MISSIONNAIRE
SELON LE STYLE DE CLARET
l. HISTORIQUE
1. Saint Antoine Marie CLARET est né à Sallent, petite ville non loin de Barcelone, le 23 décembre 1807. Il est mort à l'abbaye de Fontfroide, dans le département de l’Aude, le 24 octobre 1870.
2. Nous, les Clarétains, aimons dire de lui qu'il était « né pour Évangéliser », tellement était grand son zèle pour la diffusion de la Parole de Dieu. Nous disons aussi que l’Esprit Saint l'avait préparé dès son enfance pour cette mission.
3. Le premier signe de cette action de l’Esprit apparaît déjà lorsqu'Antoine Marie n'a que 5 ans. « J'avais 5 ans, écrit-il dans son autobiographie, et je songeais â ces mots: toujours ... toujours ... éternité... Cette pensée est restée profondément gravée en moi. Elle m'est toujours présente. Et elle me pousse â travailler pour la conversion des pécheurs. » (Aut. 8-9)
4. Le deuxième signe est son attirance pour la Parole de Dieu. Entré au Séminaire à l'âge de 18 ans, il se préoccupait de sa sanctification, priait et s'offrait continuellement pour la mission et le salut du prochain, et-cherchait constamment les moyens pour y parvenir. (Aut. 113)
Parmi ces moyens, il avait la lecture de la Parole de Dieu. Il avait des passages qui retenaient son attention comme s'ils lui étaient adressés personnellement : « Je t'ai appelé »... « Je suis avec toi »... « Tu es mon serviteur »... « Ne crains pas »... « Je t'ai mis comme guetteur de la maison d’Israël »... et « l’Esprit du Seigneur est sur moi . . . pour évangéliser les pauvres. »
5. Le troisième signe est son esprit universel. Ordonné prêtre le 13 juin 1835, il fut nommé curé de sa propre ville natale. Cependant l'ardeur de son zèle ne pouvait pas se contenter de ce cadre étroit. Il demanda à son évêque la permission de partir à Rome pour s'inscrire à la Propagation de la Foi et rejoindre les missions lointaines, « car, écrira-t-il plus tard, mon esprit est pour le mande entier » et que « la charité du Christ me presse. »
6. Son projet n'ayant pas abouti, l’année suivante il était de retour dans son diocèse, où l’Évêque lui donna la mission de prêcher en toutes les paroisses de son diocèse. C'est ainsi que le 15 août 1840, le Père CLARET inaugura, sous les auspices de Marie, l'œuvre des « Missions dans les Paroisses. » Partout où il passe, il établit l’Archiconfrérie du Saint Cœur de Marie et recommande la récitation du chapelet en famille. C'est par l’intercession de Marie qu'il réalise des conversions surprenantes.
En 1845, le Père CLARET obtient du Saint Siège le titre de Missionnaire Apostolique. Il la demandera par la suite pour d'autres prêtres qui collaborent avec lui. Pour lui, ce n'est pas seulement le titre que le Saint Siège accordait aux prédicateurs pour recommander leur prédication, c'était une réalité profonde de vie à la manière des Apôtres.
7. Dès le début de son activité apostolique, il fonde une imprimerie et une librairie religieuse. Il consacre tout l’argent qu'on lui offre à la presse catholique. « Il nous faut des livres, beaucoup de livres, disait-il, des livres de petit format, car les gens sont pressés. » Lui-même en écrira 120 entre livres et brochures, parfois de simples feuillets.
8. Il sent que l’œuvre d'évangélisation est énorme et qu'il ne peut pas la faire tout seul. Il remarque en même temps que tous les confrères dans le sacerdoce ne sont pas animés du même zèle que lui. Il décide alors de réunir ceux qui ont le même esprit que lui et fonde avec eux une communauté de Missionnaires.
Le 16 juillet 1849 est née la « Congrégation de Missionnaires, Fils du Cœur Immaculé de Marie », les Missionnaires Clarétains, 'c.m.f.'
9. À sa grande surprise, en août 1849, le Père CLARET est nommé Archevêque de Santiago de Cuba où il arrive le 16 février 1851. Il y fonde des institutions religieuses et sociales : écoles techniques et agricoles pour les enfants de la rue, des hospices pour les personnes âgées, des caisses d'épargne, et, le 25 août 1855, la Congrégation de Religieuses de Marie Immaculée pour l’enseignement des filles, les Missionnaires Clarétaines.
Il lutte contre les inégalités entre blancs et gens de couleur, toujours près des petits. Il se souvenait sans doute des paroles d'Isaïe qui l'avaient marqué : « L'Esprit du Seigneur m'a envoyé panser ceux qui ont le cœur brisé. » Il suscite l’admiration, mais aussi la haine. Il est victime de plusieurs attentats et la persécution l'accompagnera jusqu'à sa mort.
10. Après un séjour de 6 ans à Cuba, il est nommé confesseur de la reine lsabel II qui gouvernait l’Espagne. Il est persuadé alors que c'est la fin de son apostolat missionnaire. Il se trompe. Arrivé à Madrid, il recommence ses activités missionnaires dans la capitale et par toute la péninsule lors des voyages de la reine. Il subit la fureur des ennemis de toutes les institutions catholiques. On colporte sur lui des calomnies, on essaie à nouveau d'attenter à sa vie.
11. Le 5 août 1859, il est nommé président de l’Escurial. Il restaure l'édifice et en fait un centre d'études avec un programme de haut niveau qui sera admiré par le journal, ‘Le Monde' de Paris. Le centre comprenait un séminaire central, un collège et la mise à jour de la bibliothèque, où l’on conserve encore le fond, très important, dit du P. CLARET (5000 volumes). De 1860-1861 est la publication « Le séminariste instruit » en deux volumes, qui devient rapidement un classique pour la formation dans les séminaires espagnols.
12. Le 26 août, il reçoit la grâce extraordinaire de la conservation des espèces eucharistiques d'une communion à l’autre. « Comme j’étais en prière dans l'église du Rosaire de la Granja, â sept heures du soir, Notre Seigneur m'accorda l'immense bonheur de conserver en moi, sans se consumer la Sainte Hostie. Je la conservais d'une communion à une autre. »
13. Le 18 septembre 1868, la Révolution triomphe en Espagne et la reine lsabel se réfugie en France. Le Père CLARET suit la souveraine.
Six mois plus tard, il se rend à Rome. Il participera au Concile Vatican I et défendra l'infaillibilité du Pape.
En août 1870, il retourne en France, à Prades, chez ses Missionnaires exilés comme lui par la révolution de 1868.
14. Le 6 août, menacé d'être extradé par la police, il trouve refuge à l'Abbaye de Fontfroide où il meurt le 24 octobre {870.
Sur son tombeau, on a gravé les paroles de Grégoire VII :
« J'ai aimé la justice et haï l'iniquité,
c'est pourquoi je meurs dans l’exil »
Ses reliques ont été transférées en 1898 à Vic, en Espagne, où il avait fondé la Congrégation des Missionnaires Clarétains. Il est béatifié le 25 février 1934 et, le 7 mai 1950, le Pape Pie XII le proclame Saint tandis que Jean XXIII inscrit sa fête dans le calendrier universel le 24 octobre,
II. JÉSUS, MODÈLE DE PRÉDICATION ÉVANGÉLIQUE (Aut. 221-2221
« Celui que j'aime le plus contempler, c'est Jésus-Christ lui-même. Je suis profondément ému de le voir porter partout la Parole divine, allant de ville en ville, de village en village, et jusqu'aux plus humbles hameaux, allant même au devant d'une simple femme, la Samaritaine, et ce malgré la fatigue de la marche, la soif et l’heure intempestive, aussi bien pour lui que pour la femme. »
« Dès le début, j’ai été enchanté par le style de Jésus dans sa prédication Quelles comparaisons ! Quelles paraboles ! Je me suis proposé de l’imiter avec des comparaisons, des paraboles et un style simple. Combien de persécutions ! Il a été un signe de contradiction, persécuté dans sa doctrine, ses œuvres et sa personne. On lui enleva même la vie par une infinité d'opprobres et de tourments, couronnés par la mort la plus humiliante et douloureuse qu'on puisse souffrir sur la terre. »
MARIE, MÉDIATRICE DE GRÂCES (AUT 154-156)
« Ô Notre Dame, conçue sans la tâche originelle, Vierge et Mère du Fils du Dieu vivant, Reine et impératrice du ciel et de te terre. Je vous demande aussi de détruire toutes les hérésies qui dévastent le troupeau de votre Fils ; rappelez-vous que vous avez le pouvoir de toutes les anéantir; faites-le par l’amour immense que vous avez pour votre fils, Que manque-t-il donc pour les sauver ? Vous cherchez peut-être un instrument qui puisse porter remède à un si grand mal? En voici un qui, bien que vil et méprisable, se considère néanmoins comme le plus utile pour atteindre cette fin, parce qu'alors votre puissance resplendira merveilleusement et on verra que c'est vous gui agissez et non pas moi. »
III. PUBLICISTE PAR CHOIX MISSIONNAIRE (Aut. 3i0-3i1)
« Un des moyens que l'expérience m'a lait découvrir comme le plus puissant pour le bien, c'est l’imprimerie; c'est aussi l’arme la plus puissante pour faire le mal si on en abuse. L'imprimerie offre au public beaucoup de bons livres et de feuilles volantes pour la gloire de Dieu. Ce n'est pas tout le monde qui veut ou peut entendre la Parole de Dieu, mais tous peuvent lire ou entendre un bon livre. Ce n'est pas tout le monde qui peut aller à l'église pour entendre la Parole divine, mais le livre peut aller chez eux. Le prédicateur ne peut pas prêcher tout le temps, mais le livre dit toujours la même chose, il ne se fatigue jamais, il est toujours prêt à répéter les mêmes choses. Qu'un seul ou plusieurs le lisent, qu'on le reprenne ou qu'on le laisse mille fois, il ne s’offusque pas, il est toujours le même, il se conforme à la volonté du lecteur. »
« Si, de tout temps, la lecture de bons livres est considérée utile, elle est une nécessité dans l’époque actuelle. Je dis que c'est une nécessité parce que les gens ont une grande passion pour la lecture; s'ils ne trouvent pas de bons livres, ils en liront de mauvais. On peut dire que la lecture est la nourriture de l’esprit: et que si l’on donne au corps affamé une nourriture saine, il se portera bien ; et si on lui donne des mets avariés, il éprouvera des malaises. Il en va de même pour l’esprit : si on lui donne des bons livres, adaptés à la personne et aux circonstances, il se portera bien, mais si on lui donne de mauvais livres, des périodiques impies, des feuillets hérétiques et des écris pernicieux, on corrompra les croyances et on pervertira les mœurs. En corrompant l’esprit, on corrompt le cœur, et du cœur corrompu sortent tous les maux, comme dit Jésus ; et de cette sorte, on arrive même à nier la vérité primordiale de l’existence de Dieu, fondement de toute vérité. L'insensé dit dans son cœur: il n’y a plus de Dieu. »
« De nos jours, il importe plus que jamais de faire circuler de bons livres. Notons cependant qu'ils ne doivent pas être gros et encombrants parce que les gens vont vite. Ils sont interpellés de toutes parts et de mille manières. Et comme la concupiscence des yeux et des oreilles a progressé au maximum, on veut voir et entendre tout; on veut aussi voyager; par conséquent, si le livre est gros, il ne sera pas lu. Il servira uniquement à garnir tes bibliothèques. C'est pourquoi, convaincu de cette vérité très importante, j'ai publié, aidé par la grâce de Dieu, tant de petits livres et de feuilles volantes. »
LA PARABOLES DE TROIS TALENT ET TROIS FIGURES DE PRÊTRE
« Le premier serviteur représente un missionnaire apostolique à qui le Seigneur a donné, outre le talent de la dignité sacerdotale, quatre autres qui sont les quatre coins de la terre lorsqu'il dit : Euntes in universum mundum praedicate evangelium omni creaturae (Allez dans le monde entier et proclamez la Bonne Nouvelle à toute créature).
Le deuxième (serviteur) représente un prêtre à qui, outre le talent de la dignité sacerdotale, le même Seigneur a confié le talent de la paroisse.
Le fruit des missions, que deviendra-t-il si, une fois es pécheurs convertis et placés en état de grâce avec l’aide du Seigneur, les prêtres de chaque paroisse ne travaillent pas ? Étant donné que les missionnaires ne peuvent pas y rester toujours, il est nécessaire que les prêtres du pays continuent de fomenter avec la nourriture du saint ministère le feu divin que les missionnaires ont allumé, autrement la flamme finira par s'éteindre de manière naturelle et insensiblement. Si elle est laissée à l’abandon dans un champ, la bonne semence sera étouffée par les mauvaises herbes; il ne servira à rien que les missionnaires engendrent beaucoup dans le Christ si ensuite les autres prêtres ne s'efforcent pas, comme de bonnes nourrices, de conserver et augmenter la vie spirituelle de ces fils avec les seins pleins de zèle.
Le troisième (serviteur) est tout prêtre à qui le Seigneur a donné le seul talent de la dignité sacerdotale. Malheur à lui s'il ne le négocie pas ! Malheur à lui s'il le cache par peur ou par paresse ! Malheur à lui! Comme le mauvais serviteur il sera jeté dehors dans les ténèbres extérieures. »
Saint Antoine Marie CLARET,
Notes pour maintenir la beauté de l’Église.
« Nous savons que Jésus-Christ nous a appelés dans la maison sainte pour travailler comme Lui: Sicut misit me pater, et ego mitto vos (Comme le Père m'a envoyé, je vous envoie). Oui, nous devons tous travailler selon les talents et les grâces que nous avons reçus du Seigneur. Celui qui ne peut pas travailler â cause de la santé ou de la vieillesse, qu'il y supplée avec la prière.
« ils sont très dans l’erreur ceux qui pensent n'avoir aucune obligation par le simple fait que leur affectation ne comporte pas cure d'âmes et qu'ils peuvent se permettre de se promener, faire des visites et passer le temps à ne rien faire ou très peu dans leur ministère ... Le bon prêtre est toujours disposé pour travailler, si ce n'est pas dans une chose, il servira bien dans une autre; tandis que le mauvais trouvera toujours un prétexte pour ne rien faire à moins que se ne soit pour un intérêt quelconque, mais rien en tout cas par aumône, par charité pure. »
« Quel grand contraste entre un missionnaire parfait et des prêtres mous et sans zèle ! Certains se croient peut-être bons parce que leur conscience ne les inquiète de rien de mauvais; mais ils doivent savoir que dans le tribunal de Dieu on doit rendre compte non seulement de mauvaises œuvres mais aussi de ne pas en avoir fait de bonnes. »
« Malheur à celui qui aura caché le talent ! Malheur à celui qui ne l'aura pas négocié !... Celui qui en temps de nécessité cache le blé ou l’argent est coupable de ceux qui meurent de misère. Celui qui voit un enfant tomber dans le feu et, pouvant le faire sans difficulté, ne l'en tire pas, est coupable de sa mort. Celui qui voit quelqu'un avec une artère ouverte et, pouvant facilement la boucher, ne le fait pas est coupable de mort. Combien de prêtres qui pourraient porter secours aux besoins des prochains par la catéchèse, la prédication, les missions... et ne le font pas, et les laissent périr et se condamner ! Malheur à eux ! »
« Jésus Christ est non seulement maître, mais aussi modèle et exemplaire, car il faisait d'abord et enseignait ensuite. Et le Père éternel nous dit à chacun de nous; Inspice et fac secundum exemplar quod tibi in monte monstratum est (Regarde et fais selon l’exemplaire qui t'a été montré sur la montagne). Regarde Jésus dans le mont Calvaire cloué sur la croix et copie-le en toi-même, de sorte que tu puisses dire : Je vis, mais ce n'est pas moi, c'est le Christ qui vit en moi ; afin de devenir un disciple parfait et pouvoir dire par ta conduite comme l'Apôtre; lmitatores mei estote, sicut et ego Christi 'Soyez mes imitateurs comme je le suis dans le Christ',
Le prêtre étudiera chaque jour la leçon, c'est-à-dire il lira au moins un chapitre du Saint Évangile et il assistera en classe, qui est la méditation, et il fera en conséquence tous les jours une heure ou du moins une demi heure de méditation sur la vie, la passion et la mort de Jésus-Christ. »
« Le prêtre doit se regarder en Jésus-Christ comme dans un miroir poli, et il doit se conformer parfaitement à lui... Il doit écouter ce maître céleste et divin s'il veut apprendre, comme c'est son devoir, ses devoirs sacrés et la manière de s'en acquitter. »
Citations tirées du Colegial lnstruido (le Séminariste instruit).
V. PORTRAIT DU MISSIONNAIRE FILS DU CŒUR IMMACULÉ DE MARIE
Le Père CLARET a brossé le portrait du Missionnaire, Fils du Cœur Immaculé de Marie en ces lignes :
« Un Fils du Cœur Immaculé de Marie est un homme qui brûle de charité et qui embrase tout sur son passage. Il désire efficacement et essaie par tous les moyens d'enflammer le monde du feu de l’amour divin. Rien ne l’arrête. Il se réjouit des privations, aborde les travaux, embrasse les sacrifices, se complaît dans les calomnies, se réjouit dans les tourments et douleurs qu'il souffre et se glorifie dans la croix de Jésus- Christ. Il ne pense à rien d'autre qu'à suivre et imiter Jésus- Christ dans la prière, le travail, la souffrance, et dans la recherche continuelle et unique de la plus grande gloire de Dieu et le salut des hommes.
Et il a exprimé le zèle qui l’animait par cette prière apostolique :
O mon Dieu, faites
que je vous connaisse et vous fasse connaître,
que je vous aime et vous fasse aimer,
que je vous serve et porte les autres à vous servir,
que je vous loue et vous fasse louer
par toutes les créatures.
Donnez-moi, ô mon Père,
de voir tous les pécheurs se convertir,
tous les justes persévérer dans la grâce,
et arriver enfin au bonheur éternel.