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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,18-24.
Un jour, Jésus priait à l'écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Pour la foule, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un prophète d'autrefois qui serait ressuscité. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prit la parole et répondit : « Le Messie de Dieu. » Et Jésus leur défendit vivement de le révéler à personne, en expliquant : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi la sauvera.
Le récit de l’Evangile que nous propose la liturgie de ce XIIe Dimanche du temps ordinaire, de l’année C, est un passage central de la tradition chrétienne primitive. Sa structure est relativement simple. D’un côté on situe l’opinion des hommes, de la foule, c’est-à-dire ceux qui de l’extérieur identifient Jésus à un vieux prophète, tandis que les disciples confesse qu’il est le « Messie de Dieu ». De l’autre, Jésus lui-même se révèle comme le Fils de l’Homme qui souffre, meurt et ressuscite.
En parlant de la vision de Jésus comme « Le Messie » nous devons distinguer soigneusement deux perspectives possibles :
a)- au plan prépascal : affirmer que Jésus est le Messie signifie le situer à la lumière de l’attente d’Israël dans laquelle se mélangent les idées de conquête universelle, rêves de vengeance et quelques traits de caractère purement religieux ;
b)- au plan postpascal : nous savons que Pierre a confessé Jésus comme le Messie d’Israël qui est mort, qui a été glorifié par Dieu et qui est constitué comme le juge universel de notre histoire.
En situant notre médiation au plan prépascal, l’éclairage de Lc 9, 21-22 signifie un rejet. Pierre a suivi Jésus parce qu’il espérait la gloire de son triomphe. Jésus répond en montrant son chemin d’échec apparent, extérieur. Cependant, au plan postpascal, l’appellation Messie a changé de sens : elle ne se réfère pas au triomphateur de l’espérance d’Israël, mais à Jésus qui est mort et ressuscité.
De toutes les façons, ce récit témoigne de la tension qui existe entre l’idée (l’espérance) des hommes et la force de Dieu, qui se révèle en Jésus Christ. Les hommes ont tendance à absolutiser les traits victorieux du Messie, en le voyant comme un Seigneur qui gagne dans la bataille de la vie et écrase les pouvoirs ennemis (identifiés avec nos ennemis personnels). Cependant, Dieu manifeste sa présence à travers le chemin de fidélité humaine de Jésus ; seul à travers cette fidélité, en acceptant la souffrance et la mort que l’espérance acquiert la plénitude, c’est-à-dire la résurrection.
Dès lors on comprend mieux les deux titres capitaux de notre lecture. Le tire « Messie » vaut parce qu’il indique que l’histoire des hommes atteint la plénitude en Jésus. Mais il faut le compléter par celui de « Fils de l’Homme », qui nous montre Dieu lui-même qui est descendu, s’est introduit dans notre marche et assume la souffrance des hommes, en la transfigurant de l’intérieur.
Ainsi donc, c’est seulement quand on unit les deux perspectives du Messie de l’espérance et du Fils de l’Homme qui assume la souffrance de l’histoire qu’on présente une image valide de Jésus. C’est pourquoi, accepter Jésus ne signifie pas seulement le confesser comme Pierre qu’il est le Messie, il est aussi nécessaire de le suivre sur le chemin de fidélité, au milieu des souffrances et de la mort.
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