Message d’Ouverture Réunion des Supérieurs Majeurs (Chili)

Chers amis :
Dans quelques mois, cela fera cinq ans que nous avons célébré le 25e Chapitre général en août-septembre 2015. Je suis sûr que l’invitation du Chapitre à entreprendre les trois processus de transformation de notre Congrégation porte du fruit dans notre vie et notre mission. Cette année 2020 marque plusieurs événements importants dans la Congrégation : Les 150 ans de l’arrivée des missionnaires clarétains à la “nouvelle vigne” – c’est ainsi que le Père Claret l’a affectueusement appelée – la même année de sa Pâque ; les 125 ans de l’arrivée des missionnaires clarétains au Brésil ; les 75 ans de la présence clarétaine aux Philippines ; les 50 ans de la présence clarétaine au Cameroun et en Inde. La commémoration significative de ces événements en cette année clarétaine est un bon prélude au prochain Chapitre Général que nous espérons célébrer en 2021.
Nous entrons dans cette période de six ans avec le nouvel élan que le pontificat du pape François a apporté à l’Église. Nos réflexions ont été fortement influencées par ses deux magnifiques documents Evangelii Gaudium et Laudato si. L’invitation du Pape aux missionnaires clarétains à adorer, à marcher et à accompagner a tracé un chemin pour être des missionnaires aujourd’hui centrés sur le Seigneur et pour aller en mission en accompagnant le Peuple de Dieu.
Événements importants dans l’Église après le Chapitre.
Nous marchons dans l’esprit du Chapitre et continuons à enrichir notre vie et notre mission à partir des enseignements continus du Pape et des événements qui se déroulent dans l’Eglise. J’aimerais rappeler certains des événements et des enseignements significatifs que nous avons eus dans l’Église depuis le dernier Chapitre :
  • Synode des familles (2015), célébration de l’Année de la Miséricorde (2016), Synode des jeunes (2018) et Synode de l’Amazonie (2019).
  • Des documents importants tels que Amoris Laetitia (2016), Veritatis Gaudium (2018), Gaudete et Exsultate (2018) et Christus Vivit (2019).

Ces dernières années, l’Église a connu des situations difficiles et éprouvantes, ainsi que de nombreux moments de grâce. Les rencontres du Pape avec d’autres Églises et religions ont été importantes :

  • Rencontre de prière commune avec l’archevêque luthérien Antje Jackelen de Suède en 2016 pour marquer le 500e anniversaire de la Réforme.
  • Activités conjointes de respect mutuel et de fraternité avec l’Église orthodoxe (avec le pape copte S.S. le pape Tawadros II en Égypte en 2017).
  • Plusieurs réunions avec l’archevêque anglican Justin Welby, l’effort conjoint de médiation de la paix au Sud-Soudan et la visite conjointe prévue au Sud-Soudan en 2020.
  • Visite en Egypte et aux Emirats Arabes Unis, et son dialogue avec les musulmans, notamment sa visite au Grand Imam d’al-Azhar, Cheikh Ahmed Mohamed al-Tayeb au Caire en 2017. Rencontre avec le Grand Imam Ahmed al-Tayyeb et la déclaration commune de fraternité à Dubaï en 2019.

Les divers événements cités ici ont porté sur la vie chrétienne authentique et le renouveau dans l’Église, ainsi que sur l’accueil et les relations fraternelles avec les autres afin de créer une société humaine meilleure et plus fraternelle.

Une des blessures qui a germé dans l’Église et la société est le scandale des abus sexuels, surtout sur les mineurs. Ce même pays, le Chili, a été témoin de moments douloureux de blessures dans le Corps de l’Église, liées à l’abus sexuel de mineurs par des personnes de l’Église. La visite du Souverain Pontife au Chili en 2018, et les événements qui ont suivi, ont paradoxalement aidé l’Église à aborder la question avec honnêteté et courage. La réunion des Présidents des Conférences épiscopales, des responsables des Dicastères du Vatican et de quelques Supérieurs généraux de Congrégations religieuses à Rome en février 2019 a affirmé la volonté de l’Église de créer un environnement sûr pour les enfants dans l’Église et de promouvoir une culture de responsabilité, de responsabilisation et de transparence à tous les niveaux du fonctionnement de l’Église. Comme Congrégation, nous aussi nous sommes engagés à créer cette culture qui exige des missionnaires clarétains, indépendamment de leurs rôles dans la Congrégation, d’assumer la responsabilité de ce qu’ils font, de rendre compte à ceux qui sont responsables de leurs actions, et d’être transparents dans tous les domaines. Je crois que nous devrions nous développer davantage dans cette direction.

Nous avons également observé les réformes de la Curie romaine qui ont été à l’ordre du jour du pontificat du pape François. Il semble que tout cela se déroule à son propre rythme avec la création des Secrétariats de l’économie et des communications. La réforme est un processus continu, tant dans l’Église que dans la Congrégation. Un développement significatif est l’abolition du secret pontifical afin de devenir une Église plus transparente lorsqu’il s’agit de questions importantes qui touchent la société.

Je rappelle ces événements parce que, faisant partie de l’Église au charisme prophétique, nous devons, en tant que missionnaires, être à l’avant-garde de la transformation que l’Esprit apporte dans l’Église à chaque époque.
Le Synode de la jeunesse en 2018 et la Journée mondiale de la jeunesse au Panama en 2019 ont accordé une attention particulière aux jeunes dans l’Église en tant qu’agents et récepteurs de l’annonce de l’Évangile. Cela a donné un certain élan à nos initiatives dans la pastorale des jeunes à travers la Congrégation.
Un autre événement significatif qui a attiré l’attention sur la situation des marginaux de la société et de la planète blessée a été le Synode sur l’Amazone et l’invitation à garder les yeux sur les marginaux. Tout cela a été une invitation à examiner notre propre présence parmi la population vulnérable de la planète et notre engagement à prendre soin de la création.
Cependant, ces derniers temps, la scène politique et économique mondiale s’est détériorée dans de nombreuses régions du monde, érodant la confiance dans les processus démocratiques. On dépense plus d’argent pour acheter des armes pour menacer ou tuer d’autres êtres humains au nom de la sécurité nationale que pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. De nombreux pays des Amériques, en particulier le Venezuela, le Nicaragua, la Bolivie, l’Équateur, l’Argentine et le Chili, connaissent des situations sociopolitiques très problématiques. Le Moyen-Orient a été plongé dans des guerres et des mouvements terroristes ces dernières années ; et maintenant la situation entre les États-Unis et l’Iran a créé une situation très incertaine dans le monde. L’Afrique, en général, semble être négligée et Boko Haram et d’autres groupes radicaux, la corruption rampante et les conflits sectaires ont entraîné des migrations massives et des déplacements de population qui ont causé des souffrances indicibles. En Asie, les gouvernements despotiques démocratiquement élus de certains pays font preuve d’une grande détermination à traiter les questions sociales. La récession économique mondiale et la hausse du chômage approfondissent le gouffre des inégalités dans la société, poussant de plus en plus de personnes en marge de la société. Nous ressentons les effets du réchauffement et du changement climatique chaque année sous nos yeux. Tout cela fait écho dans les nouvelles du monde entier.
Au milieu de ce scénario sociopolitique et économique précaire dans le monde, nous sommes un petit groupe de missionnaires qui, avec nos propres limites, ont une mission à remplir dans l’Église et dans le monde. C’est la mission de Jésus dans le monde. En lisant les documents du Chapitre, je suis ému par les préoccupations traitées par le XVIIIe Chapitre général de 1973. Il a abordé certaines des préoccupations similaires d’une manière beaucoup plus radicale. La question des vocations (leur entrée et leur persévérance) était au centre de son attention, et les solutions proposées étaient le témoignage des communautés, la gouvernance participative et l’engagement convaincant auprès des personnes en marge. Par les Chapitres suivants, la Congrégation a poursuivi son processus de renouveau en étant pleinement présente dans le cheminement de l’Église et en faisant siens les programmes de renouveau du Concile Vatican II.
Après plus de 50 ans, nous nous trouvons à un autre moment de l’histoire avec de nombreux changements qui, paradoxalement, ouvrent des opportunités missionnaires. La marque de notre époque est peut-être la vision holistique et le travail en réseau qui expriment la nécessité pour les êtres humains de dépasser les systèmes d’exploitation égocentriques et de s’efforcer de créer un écosystème dans l’esprit du Royaume de Dieu que Jésus a prêché. Nous avons choisi d’être au Chili pour rejoindre nos frères en Amérique, en commémorant le 150e anniversaire de l’arrivée des missionnaires clarétains en Amérique et l’inauguration du 150e anniversaire de la mort de notre Fondateur, comme un moment propice pour commencer notre préparation en vue du XXVIe Chapitre Général.
Le changement d’époque que nous vivons aujourd’hui exige un sérieux discernement de notre mission comme missionnaires clarétains dans le monde d’aujourd’hui. Le XXVe Chapitre nous a invités à “explorer de nouvelles méthodes et formes d’organisation de nos Chapitres généraux et provinciaux dans leurs différentes phases (préparation, réalisation et évaluation)” (MS 72.3). Nous sommes collectivement responsables de la vie et de la mission de la Congrégation et, par conséquent, nous devons tous être impliqués dans la recherche commune de ce que le Seigneur nous demande en notre temps et y répondre par le ” Fiat ” de notre Mère du ciel. De l’audace de notre Fondateur, nous devons apprendre à vivre notre vocation missionnaire dans une fidélité créative à notre époque.
En parlant du Chapitre général, je dirais que la préparation elle-même est aussi importante que la célébration et la phase de mise en œuvre du Chapitre. Dans les trois phases, nous devons être des collaborateurs de l’Esprit qui guide l’Église et la Congrégation.
Je vous invite à garder à l’esprit l’image de la boussole utilisée par le Père Claret afin que nous ne soyons pas distraits par des préoccupations secondaires. Nous devons garder un point fixé sur le Seigneur et Sa Parole, et l’autre sur la réalité du monde. Nous devons être à l’écoute de notre capacité d’écoute, ce qui implique le silence du cœur pour écouter le Seigneur et le cri du peuple. Le dialogue qui naît de l’écoute et du partage du cœur construit la communion de vie et stimule l’engagement missionnaire par la prière, la fraternité et le service. Apprenons et pratiquons tout cela ensemble et dans tout l’itinéraire et l’événement du Chapitre. Le discernement est l’art qui est le plus nécessaire pour vivre selon l’Esprit, comme le dit saint Paul aux Romains (chapitre 8).

À cet égard, demandons-nous :

  • Au cours des dernières années de notre vie et de notre mission, qu’est-ce qui a été clarifié sur la réalité de notre Congrégation au niveau universel et dans chacun des Organismes Majeurs ?
  • Où l’Esprit nous invite-t-il à aller ?
  • Quels doivent être les points principaux de l’étape préparatoire de la Congrégation ?

Explorons tout cela ensemble dans un esprit de prière, de dialogue et de partage honnête.
Je confie notre rencontre au Cœur de Marie qui marche avec ses enfants, comme elle l’a fait avec Jésus, et illumine notre chemin par sa direction et son intercession. Nous honorerons la belle vie vécue par notre Fondateur à travers l’annonce de l’Evangile par notre propre engagement missionnaire joyeux en notre temps.

P. Matthew Vattamattam CMF
Supérieur Général
Talagante, Chili, 13 janvier 2020

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